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Droit de douanes: après la décision de la Cour suprême, le brouillard économique s'épaissit
information fournie par Reuters 23/02/2026 à 12:59

Le président américain Trump prononce un discours sur les tarifs douaniers, à la Maison Blanche

Le président américain Trump prononce un discours sur les tarifs douaniers, à la Maison Blanche

par Howard Schneider

Après le déclenchement de la guerre commerciale de ‌Donald Trump en avril dernier, responsables politiques, dirigeants d'entreprises, analystes et investisseurs avaient commencé à espérer une accalmie, au fur et à mesure de ​la conclusion d'accords commerciaux bilatéraux.

Mais l'annulation vendredi des vastes droits de douane dits "réciproques" par la Cour suprême américaine et l'annonce d'une nouvelle surtaxe mondiale de 10%, très vite portée à 15%, par Donald Trump a replongé l'économie mondiale dans le brouillard et relancé les incertitudes quant aux ​évolutions à venir de la politique commerciale américaine.

La nouvelle surtaxe, dont on ne sait pas encore exactement à qui elle s'appliquerait, n'est valable que pour une période limitée de 150 jours. Pour ​étendre cette mesure au-delà, le président doit recevoir l'accord du Congrès.

"Si cela ⁠bouleverse l'équilibre auquel les acteurs du commerce se sont habitués (...) cela va entraîner des perturbations", a prévenu dimanche la présidente de ‌la Banque centrale européenne, Christine Lagarde sur CBS.

"Vous voulez connaître les règles de circulation avant de monter dans la voiture. Il en va de même pour le commerce. Il en va de même pour les investissements."

Les entreprises, dont ​beaucoup pensaient avoir trouvé une approche viable pour ‌faire face à la hausse des droits de douane américains, vont désormais devoir décider si elles ⁠doivent modifier leurs prix et/ou reconstituer rapidement leurs stocks. L'incertitude pourrait aussi les pousser à retarder leurs projets d'embauche ou d'investissement jusqu'à ce que la situation soit clarifiée.

"Il est impossible de planifier", pointe Gregory Daco, économiste chez EY-Parthenon. "Vous apprenez que les droits de douane sont supprimés et vous ⁠réfléchissez à la manière d'obtenir ‌des remboursements. Puis, quelques heures plus tard, ils sont de 10%. Le lendemain, ils sont de 15%."

"L'absence d'un cadre ⁠stable nuit à l'activité, à l'embauche et à l'investissement", relève-t-il.

Au-delà de la nouvelle surtaxe provisoire, l'administration américaine réfléchit à ses options en termes ‌de droits de douane, un processus qui pourrait prendre plusieurs mois et qui n'est pas exempt de risques de contestations ⁠juridiques.

"INCERTITUDE PROLONGÉE"

Ce nouveau flou commercial intervient alors que le sentiment était plutôt positif pour l'économie des ⁠Etats-Unis. Selon une enquête réalisée par ‌la National Association for Business Economics, près de 60% des économistes interrogés ont déclaré ne pas s'attendre à une récession avant au moins un ​an, contre 44% en août.

L'incertitude née de la décision de la Cour ‌suprême ne devrait pas compromettre la croissance attendue de l'économie américaine mais elle pourrait tout de même la "freiner" dans les mois à venir, a estimé Bernard Yaros, économiste ​pour les États-Unis chez Oxford Economics.

Selon lui, le taux effectif des droits de douane, après exclusion des surtaxes rejetées par la Cour suprême, va passer de 12,7% à 8,3%.

Mais cela ne prend pas en compte la nouvelle surtaxe de 15% qui pourrait s'appliquer ou non ⁠aux pays ayant conclu des accords bilatéraux distincts avec Donald Trump, et qui ne durerait que cinq mois.

"Tout effet positif sur l'économie résultant d'une baisse des droits de douane à court terme sera probablement en partie contrebalancé par une incertitude prolongée", a prévenu Bernard Yaros.

"Même si l'administration reproduit le niveau global des droits de douane par d'autres moyens, les implications par secteur et par pays pourraient finir par être très différentes, ce qui créera une nouvelle vague d'incertitude en matière de politique commerciale pour les entreprises, les investisseurs et les ménages."

(Rédigé par Howard Schneider ; version ​française Blandine Hénault, édité par Kate Entringer)

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